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« Grande Blinde » dit Malou en mettant sur le tapis de jeu deux jetons rouges. Don Calou leva le regard vers cette personne qui venait de s’introduire dans le jeu. Il lui fit un sourire intéressé lorsqu’il la vit. « Petite blinde » dit-il en mettant à son tour un jeton rouge.
Le croupier servi de deux cartes chacun des six joueurs.
Rien, sur le visage de Malou, ne laissait deviner qu’elle était en possession d’un très mauvais jeu : un trois et un dix n’ont jamais sauvé grand monde. Elle attendit son tour et au lieu de suivre, elle relança de deux jetons. Deux joueurs, par crainte d’y laisser leurs plumes, se couchèrent d’emblée.
Les trois cartes du flop furent mises sur la table. Décidément ce n’était pas le jour de chance de Malou : deux valets et un huit. N’importe qui de censé se serait alors couché. Contre toute attente, elle relança à nouveau de 20. Les deux autres joueurs se couchèrent pensant probablement que cette joueuse détenait au moins un valet. Seul, Don Calou joueur et intrigué paya les 20 et relança de 10. Une bouffée de chaleur envahit Malou mais elle n’en laissa rien paraître et paya les 10.
Le croupier retourna une nouvelle carte : un roi.
C’était au tour de Malou de jouer, elle misa 20. Don Calou, qui avait face à lui un nombre de jetons incalculable, la regarda avec un grand sourire et lui dit :
« Madame. Soit vous avez un excellent jeu, soit vous êtes une excellente bluffeuse.
- Il va falloir que vous payiez pour le savoir, cher Monsieur, dit-elle d’une voix sûr d’elle.
- C’est ce que je vais faire sur le champ, chère Madame » Et il mit les 20.
Au même moment, Bruno, qui était parti au début de la partie, rejoignit la table. Il se plaça face à Malou et derrière Don Calou. Il touilla plusieurs fois dans son verre avec son petit parasol de décoration. Malou le regarda subrepticement.
Le croupier retourna la cinquième et dernière carte : un second roi. Malou plongea quelques secondes son regard dans celui de Don Calou et déposa au centre du tapis tous les jetons qu’elle avait. « Tapis » annonça-t-elle. Don Calou lui sourit, très excité par la tournure que prenait le jeu. Il fallait qu’il paye la même somme que ce qu’elle venait de mettre au centre de la table pour savoir si elle avait réellement un bon jeu ou si elle bluffait. Pour lui, cela ne représentait que la moitié de ses jetons. Mais alors qu’il s’apprêtait à placer son argent au centre de la table, Adfirst fit son apparition aux côtés de Don Calou et dit timidement :
« Excusez-moi de vous importuner, Don Calou mais c’est très important.
- J’espère que ça l’est si non vous êtes un homme mort et au chômage, dit-il en fusillant Adfirst du regard.
- C’est au sujet de Madame Amandine, dit discrètement le barman, à l’oreille de Don Calou. Elle demande à vous voir, c’est très urgent.
- Quoi encore ?!!! vociféra Don Calou en se levant très énervé.
Malou qui observait attentivement la scène, demanda avec un ton de déception :
- Excusez-moi. Cela signifie que vous quittez le jeu ?
- Je suis désolé, chère Madame mais je n’en ai pas le choix, je suis le patron de cet établissement et malheureusement le travail m’appelle. Et en disant ces mots, il posa ses cartes sur le tapis. Je suis dans l’obligation de me coucher. Mais je serai ravi de rejouer ceci un peu plus tard.
- Je crains ne pouvoir, répondit Malou de sa voix la plus douce.
- Alors permettez moi de vous offrir un verre pour que votre attente soit moins ennuyeuse.
Se tournant vers Adfirst, il ajouta :
- Offrez à Madame ce qui lui fera plaisir, le temps de mon absence. Je vous rejoindrai au salon, dit-il, souriant, à Malou.
- C’est très gentil de votre part, concéda-t-elle. Je ne peux refuser une si aimable attention. »
Don Calou s’éloigna de la table en direction du fond de la salle et passa la porte réservée au personnel.
Malou ramassa tous les jetons qu’elle venait de gagner, les mit dans la boîte du casino réservée à cet effet et partit s’assoire dans un des fauteuils du petit salon, face à la scène. Adfirst la rejoignit pour prendre sa commande. Elle reprit un Baby Bellini.
Quelques secondes plus tard, Bruno vint s’assoire en face d’elle. Il posa son verre sur la table. Après avoir vérifié que personne autour d’eux ne pouvait les entendre, il dit :
« T’as eu de la chance, il avait une paire de huit.
- J’ai cru que tu n’arriverais jamais, répondit-elle. J’avais un jeu pourri. S’il misait, je perdais tout et tout notre plan tombait à l’eau.
- T’oublie que tu bosses avec le meilleur. Tout est calculé à la seconde.
- Oui bah t’as du sauter une seconde tout à l’heure aux toilettes parce que ta braguette est ouverte.
Bruno prit de panique se pencha sur son pantalon pour constater les faits : sa chemise blanche ressortait par le trou laissé ouvert. Gêné, il se rajusta le plus vite possible.
Adfirst arriva avec la commande et lorsqu’il posa le verre sur la petite table, il dit discrètement :
- Me faites pas faire ça tous les jours les amis, parce que la prochaine fois je suis au chômage. Il ne faut jamais déranger le patron quand il joue au poker.
- T’as assuré comme un chef Adfirst, lui répondit Malou, en lui adressant un clin d’oeil. T’inquiète si t’es au chômage, on t’embauche.
- Vous voulez rire, je ne veux pas faire un boulot précaire comme le votre. J’ai une voiture de tuning à entretenir.
- Tu sais bien qu’on demande ça pour la bonne cause, rétorqua Malou.
- Oui, je sais. Mais je ne pensais pas que votre boulot vous amènerait jusqu’ici.
- Tu me sers la même chose s’il te plait Adfirst ? lui demanda Bruno.
- Mais bien sûr Monsieur.
Et Adfirst repartit vers le bar.
- Dis donc tu as l’air d’oublier que si je n’étais pas parti lui demander dans les temps, tout à l’heure, tout aurait capoté, dit Bruno à Malou.
- Oui, Bruno, c’est vrai dit sarcastiquement sa collègue. Mais toi, c’est ton boulot. Maintenant chut, voilà Don Calou. »
En effet, le patron du Casino Royal venait de repasser la porte de service et se dirigeait à présent dans leur direction. Malou et Bruno se levèrent. Lorsqu’il aperçut Bruno, Don Calou perdu son sourire charmeur.
« Je vois que vous n’êtes pas seule, dit-il un peu déçu.
- Oh ! Permettez-moi de vous présenter un de mes amis Stanislas Bourbon de la Crémaillère.
- Enchanté de faire votre connaissance monsieur, dit pompeusement Bruno. Sophia me parlait à l’instant de votre partie de poker.
- Oui, en effet. Quel dommage qu’elle ait dû s’achever ainsi, répondit Don Calou en prenant place dans l’un des trois fauteuils. J’aurai bien aimé connaître la fin du jeu, dit-il en regardant malicieusement Malou.
- Ce n’est que partie remise, répondit la jeune femme en s’asseyant également dans un fauteuil. J’espère que ça n’était pas trop grave tout à l’heure, ajouta-t-elle en indiquant la porte de service.
- Tout est arrangé. C’est encore notre chanteuse qui fait des siennes. Elle nous a encore fait un scandale pour faire un spectacle indien.
- Indien ?
- Oui, je ne sais quelles lubies elle a encore eu ces derniers temps. Mais que voulez-vous, c’est ma nièce, il m’est difficile d’être aussi sévère avec elle qu’avec les autres. La famille, vous savez ce que c’est.
- Oui, oui, je comprends. Remarquez, je devrai lui en être reconnaissante, j’ai gagné de boire un verre avec vous, dit Malou avec un grand sourire.
- Oui, vous avez raison, chère madame. C’est un réel plaisir au final. »
Et tous se mirent à rire, d’un rire un peu forcé.
La lumière du salon diminua pour laisser place à celles de la petite scène. Le rideau s’ouvrit dévoilant une jeune et jolie femme allongée sur un piano à queue. Le pianiste posa délicatement ses mains sur les touches et d’une voix cristalline la femme accompagna la musique blues qui s’échappait de l’instrument.
Voilà, je voulais juste m’excuser pour ceux qui ne connaissent pas exactement les règles du poker, j’espère que ça n’interfère pas dans la compréhension du texte.
Salomoniènement,
Malou
23.09.06_________________
La salomone attitude !!!
En chacun de nous, il y a toujours un peu de l'autre