Bibou l’aventurier
EpIsoDE VII
Les trois compagnons de route commençaient à désespérer de trouver une seconde entrée à ce bâtiment sinistre et étrangement silencieux. En effet, hormis le croassement de quelques corbeaux survolant les lieux et les battements de cœur du cochon dindon qu’on entendait même à dix pas de lui, tout était muet.
« Vous qui connaissez Marina, dit Bibou à Harry, vous ne savez pas où l’on peut trouver une seconde entrée ?
- C'est-à-dire que… euh…, hésita le chevalier, la fois où j’ai rencontré Marina c’était à une kermesse de village.
- Une kermesse ! dit Bibou interloqué.
- Oui, en fait, continua Harry, elle était venue faire un tour à la fête, comme tous les gens des alentours et il s’avère que la soirée a dérapé à cause d’elle. Nous dûmes la maîtriser et la chasser de la fête.
- Vous voulez dire que vous l’avez tout de même affrontée ?
- Euh… oui dans un sens… C’est-à-dire que je suis resté de côté pour protéger les enfants et les femmes qui assistaient au spectacle afin d’assurer leur protection si la situation venait à s’envenimer.
- Bah voyons, fit Tit Pascalou ironiquement.
- Mais alors pourquoi avoir voulu vous joindre à nous ? demanda le Bobbit.
- C’est que j’avais pas envie de rentrer chez mes parents tout de suite et j’ai pensé que vous pourriez avoir besoin d’un cheval.
- C’est gentil de votre part, répondit Bibou, mais à présent nous sommes dans le pétrin.
A ce moment-là, Saan se mit à japper comme pour indiquer quelque chose à son maître.
- Mais tu as raison, mon cher Saan ! Il y a bien une porte là-bas. Allons voir si elle est ouverte.»
Saan avait vu juste, à quelques pas de là, de l’autre côté du bâtiment se trouvait une porte en bois toute vermoulue. Le chevalier, qui avait posé pied à terre non sans mal, donna un léger coup d’épaule sur la porte et au soulagement de tous, ils s’aperçurent qu’elle s’entrebâilla. Harry s’aventura à jeter un coup d’œil derrière afin de voir sur quoi elle donnait.
Le regard qu’il lança à ses compagnons avait l’air confiant, c’est pourquoi Bibou, Saan et Tit Pascalou, qui était descendu du dos du chien, le suivirent discrètement lorsqu’il entra dans le bâtiment, laissant le cheval de Harry les attendre devant la porte.
Des dizaines de linges noires étaient étendus sur des fils, une odeur étrange et humide flottait dans l’air et la petite fenêtre sale attenante à la porte ne laissait pénétrer qu’un filet de lumière. Les quatre compagnons avançaient en file indienne, lentement, quasiment à tâtons car ils craignaient de percuter quelque chose et de faire du bruit.
Bibou qui se trouvait derrière Harry lui posa une main sur le dos afin de lui demander quelque chose. Ce dernier tressailli de peur mais réussi à retenir son cri, malheureusement dans son geste, Harry renversa quelque chose qui ne manqua pas de choir bruyamment :
« Chut !!! dit à demie voix le Bobbit. Vous allez nous faire remarquer !
- Je suis désolé, dit tout doucement Harry, mais vous m’avez fait peur.
- Je voulais savoir si vous voyiez une issue, dit Bibou.
- Non pas pour le moment, répondit Harry, on ne voit pas grand-chose ici. Mais je me demande qu’est-ce que peuvent bien être tous ces trucs humides et nauséabonds qui pendent.
- Je me le demande aussi, chuchota Bibou. Et vous ? Vous le savez ? demanda-t-il au cochon dindon qui le suivait. C’est quand même pour vous que nous sommes ici. Vous devez quand même savoir vers où on va !
- C’est-à-dire que je sais que la princesse est retenue prisonnière dans la plus haute chambre, de la plus haute tour du donjon. Maintenant reste à trouver la tour.
- Je ne vous le fais pas dire, répliqua Bibou qui commençait à perdre patience. Bon continuons, nous allons bien finir par tomber sur une autre porte. »
Et ils continuèrent leur progression dans ce lieu étrange et lugubre.
Ils n’avaient pas fait vingt pas qu’une porte s’ouvrit brutalement face à eux. Ils se retrouvèrent face à face avec une personne qu’ils ne pouvaient distinguer à cause du contre-jour. Tous poussèrent un cri de stupeur.
Ils étaient tombés nez à nez avec Amélie. Cette dernière ne s’attendant pas à trouver les aventuriers à cet endroit cria également de surprise.
« Mais qu’est-ce que vous fabriquez dans la buanderie ! s’exclama la jeune fille.
- La quoi ? La qui ? La où ? dirent-ils plus ou moins tous en chœur, encore sous le choc.
- Mais qui êtes-vous ? demanda Bibou qui fut le premier à reprendre ses esprits et son sang froid.
- Je suis Amélie, la servante de Marina.
- Oooh ! s’exclamèrent-ils, nous sommes fichus !
- Mais non, nigauds, je suis du côté de la princesse à libérer. Quoique vous ne m’avez pas trop l’air doués pour ça. Allez, venez, il n’y a pas de temps à perdre, il faut monter aider Clélia au plus vite car Marina est déjà là-haut.
En entendant le nom de sa dulcinée, Tit Pascalou fut comme électrisé et poussa ses deux compagnons pour leur passer devant.
- Allez, ne perdons pas de temps, lança-t-il. Montrez-moi la route demoiselle afin que je sauve ma bien-aimée.
- Vous ? s’étonna Amélie. Mais je pensais que ce serait monsieur qui la délivrerait, dit-elle en désignant Harry.
- Oui et bien vous pensez mal, mademoiselle et permettez-moi de vous dire que nous n’avons pas de temps à perdre à penser : il faut agir ! Dit-il en bousculant la jeune fille et en faisant ainsi irruption dans le hall d’entrée. C’est par où ? demanda-t-il à la vue des nombreuses portes qui se présentaient à lui.
- Euh c’est par l’escalier, répondit la servante toute étonnée. »
C’est ainsi, que Tit Pascalou prit la tête du cortège et commença à grimper d’un pas sûr et rapide les premières marches qui menaient à la chambre de Clélia. Il était comme porté par des ailes et distançait ainsi, de plusieurs marches, ses co-équipiers.
Mais Tit Pascalou n’avait pas pensé qu’il y aurait autant d’étages et au quinzième, les quatre autre le retrouvèrent écroulé sur une marche, agonisant, reprenant difficilement son souffle (on avait pourtant dit « dans la plus haute chambre, de la plus haute tour » Tit Pascalou…). Saan eut pitié de lui et lui proposa de monter à nouveau sur son dos afin de terminer les cinq derniers étages.
*
Quelques centaines de marches plus haut, Clélia faisait toujours semblant de dormir.
Marina s’approcha donc du lit et se pencha près du visage de la princesse :
« Vous dormez ! Hurla-t-elle de sa voix rauque, dans l’oreille de la jeune cochon-dindon.
- Il est à présent difficile de vous dire que oui, répondit Clélia en se relevant.
- Je voulais m’assurer que vous ne faisiez rien de stupide.
- De stupide ?
- Oui, comme chercher à vous évader par exemple.
- M’évader ? En voilà une drôle d’idée. Je suis trop bien en votre compagnie pour penser à vous quitter.
- Ne soyez pas ironique avec moi mademoiselle ! dit Marina. Pas de ce jeu-là avec moi !
- A bon alors à quel jeu voulez-vous jouer ? Parce que je m’ennuie fermement ici et un peu de distraction ne serait pas de refus.
Marina resta quelques secondes sans rien dire et réfléchit afin de savoir si la princesse était sérieuse ou ironique. Elle opta pour l’ironie et s’énerva encore plus.
- Vous vous fichez de moi Clélia ! Puisque c’est ça vous ne mangerez pas ce soir.
- Ça m’arrange je voulais entamer un régime. »
Tout en dialoguant, Clélia avait réussi à se diriger vers la porte mais le problème était que Marina faisait un pas en avant quand elle, elle en faisait un en arrière. Elle se retrouva donc dos à la porte et ne sut plus trop comment se dégager de cette immense sorcière qui se tenait quelques pas face à elle.
La porte n’était pas totalement fermée mais Clélia voyait mal comment se glisser dans l’entrebâillement sans se faire attraper par Marina. De plus, ses affaires étaient restées sous son lit.
Soudain un bruit métallique se fit entendre mais la situation alla si vite que Clélia n’eut pas le temps de réfléchir à ce que ça pouvait être : la porte s’ouvrit violemment et vint percuter le derrière de sa tête. Sous le choc, Clélia s’évanouit.
*
La petite troupe était enfin arrivée en haut des vingt étages. Ils s’octroyèrent quelques secondes pour reprendre leur souffle.
Tit Pascalou, qui ne pouvait plus attendre, les pressa du regard d’ouvrir la porte. Harry qui était le plus grand et le plus fort de tous, fut donc désigner à l’unanimité pour entrer le premier dans la chambre.
Pour se donner du courage, il serra de sa main droite le pommeau de son épée et la dégaina de son fourreau. Mais malheureusement, même dans des situations chevaleresques Harry n’était pas capable de tenir son épée et cette dernière alla s’étaler bruyamment sur le sol en pierre.
Tit Pascalou, qui commençait à perdre patience, descendit de Saan et, en prenant son élan, se rua de tout son poids sur la porte en bois. Cette dernière s’ouvrit brutalement, elle percuta sur son trajet quelque chose, puis cogna si fort contre le mur qu’elle rebondit et vint se refermer automatiquement. Tit Pascalou, qui n’avait pas eu le temps de rentrer dans la chambre, se prit la porte sur le nez et s’évanouit sous le choc.
Pendant qu’Amélie essayait de rouvrir la porte à l’aide de sa clé, Bibou tentait de réveiller Tit Pascalou et Harry rangeait son épée dans son fourreau.
La clé tourna dans la serrure, la porte s’ouvrit lentement et ils se retrouvèrent tous nez à nez avec la terrifiante Marina. A la vue de cette dernière, Tit Pascalou, qui venait juste de se réveiller, s’évanouit à nouveau.
A voir le regard machiavélique et belliqueux que leur lançait la sorcière, Bibou eut la chaire de poule. Mais il fallait agir avant que ce soit elle qui le fasse et qu’elle leur lance un sort qui les pétrifierait tous.
« Tout le monde sur elle ! » hurla Bibou. Et en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire Bibou s’était rué sur la sorcière, sa cape rouge virevoltant dans les airs, en lui assenant un coup dans le ventre avec sa tête. Saan la mordit de tous ses crocs au mollet, Amélie sauta et s’agrippa à la chevelure de la sorcière et s’y pendit de tout son poids. Marina n’eut pas le temps de réagir et tomba à genou sous l’attaque multiple. Harry dégaina à nouveau son épée mais cette fois, il prit soin à ce qu’elle retombe sur la tête de la sorcière ce qui acheva cette dernière qui s’effondra sur le sol de la chambre.
« Vite, il faut l’accrocher et lui ligoter les mains avant qu’elle ne se réveille et qu’elle nous tue tous ! lança Bibou, encore étonné que l’attaque ait marché du premier coup.
- Réveillons Clélia et Tit Pascalou et déguerpissons au plus vite si non s’en est fini pour nous, dit Amélie.
Alors qu’ils ligotaient solidement la sorcière au pied de l’armoire, elle ajouta :
- C’est dingue je n’avais encore jamais vue une telle attaque contre Marina ! D’habitude ceux qui veulent libérer la princesse l’affrontent pendant des heures.
- Et oui, qu’est-ce que tu veux : l’union fait la force ! répliqua Bibou.
- Oui c’est vrai, renchérit fièrement Harry, c’est bien connu : Y a qu’ensemble qu’on est plusieurs ! »
De son côté Tit Pascalou reprenait lentement ses esprits. Il resta bouche bée lorsqu’il s’aperçut que Marina était ligotée à l’armoire et que tout le monde était encore vivant ou presque car lorsqu’il vit Clélia allongée sur le sol de la chambre, près de la porte, il devint pâle et crut que durant le combat contre Marina sa dulcinée était la seule à avoir été tuée. Il se leva d’un bond et se précipita sur elle.
Alors qu’il la tenait dans ses bras, pleurant toutes les larmes de son corps, Clélia ouvrit les yeux. Elle crut qu’elle rêvait encore sur le moment, car elle vit que la personne qui la tenait dans ses bras était un cochon dindon, comme elle.
« Oh mon dieu, elle se réveille, elle n’est pas morte ! s’exclama Tit Pascalou.
- Oh Clélia ! Tu nous a fait peur ! dit Amélie.
- Mais que s’est-il passé ? demanda la princesse encore toute groggy par le coup.
- Ils sont venus te libérer, lui répondit son amie. Maintenant il faut faire vite et quitter le donjon rapidement avant que Marina n’arrive à se délier.
- Il faut que je prenne mon sac qui est sous mon lit, dit Clélia qui se releva difficilement.
- C’est bon la voie est libre, précisa Bibou qui faisait le gués sur le pas de la porte. Nous pouvons y aller ! »
Saan proposa son dos à Clélia et à Tit Pascalou, la princesse fut très touchée de tant de gentillesse et accepta volontiers car ses jambes étaient encore faibles.
Amélie, Bibou et Harry descendirent les marches quasiment en courant tellement ils craignaient de se faire rattraper par Marina.
Bibou n’arrivait encore pas à réaliser qu’ils avaient aussi facilement et aussi rapidement réussis à maîtriser la sorcière qui terrorisait tout le monde. Mais il savait aussi que tout ceci n’était que temporaire.
Ils arrivèrent tous en bas de l’escalier et sortirent directement par la porte d’entrée. Une fois dehors, ils prirent quelques secondes pour se remettre de cette course. Harry appela son cheval en sifflant et ce dernier arriva majestueusement de derrière la demeure, au trot.
Bibou grimpa sur le cheval et Harry proposa à la fillette de monter avec eux, celle-ci accepta. Le cheval de trois et son homologue canin quittèrent ainsi le domaine de l’horrible Marina.
Et voilà, la princesse Clélia a été libérée, Tit Pascalou a touché à son but et maintenant il reste celui de Bibou.
Va-t-il y parvenir ? Que vont devenir les autres protagonistes ?
Vous le saurez dans le prochain épisode. D’ici-là gardez la Salomone attitude.
Marylène 22.08.05_________________
La salomone attitude !!!
En chacun de nous, il y a toujours un peu de l'autre